Un domaine d’avant-guerres

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Il était un domaine viticole datant d’avant-guerres dont l’histoire étonnante mérite d’être racontée : Le domaine de Saparale, à Sartène.

Retour en 1845 dans la vallée de l’Ortolo où Philippe De Rocca Serra voit les choses en grand pour son île : il rêve de créer le plus grand et prestigieux domaine vigneron qui puisse exister. Pour se donner les moyens d’aller au bout de son projet pharaonique, il part en Afrique exercer son métier d’avocat et conseiller financier auprès de familles fortunées. Parmi elles, la famille royale d’Egypte où il termine son périple et débarque en « conquérant », à dos d’éléphant (devenu le symbole du domaine). Mais alors, pourquoi l’éléphant d’Afrique comme emblème pour un vignoble corse ? Parce qu’il symbolise la noblesse mais aussi la force et la démesure, tout ce qui caractérise ce projet fou !

Une fois sa mission accomplie, il regagne son île et lance dans la vallée de l’Ortolo, un chantier éléphantesque : il fait planter 100 hectares de vignes – uniquement de cépages 100% corses (un choix isolé et controversé à l’époque), mais aussi des oliviers, un verger d’arbres fruitiers et d’agrumes, il y fait implanter du bétail dans les prairies, y fait construire une cave, des habitations pour ses hommes… 1000m2 ! Les Sumériens parlent à l’époque du « Grand Jardin de l’Ortolo ». Pour ce faire, il s’entoure de plus d’une centaine d’ouvriers venus des villages voisins – faisant ainsi de son domaine une force économique et démographique importante pour la microrégion. C’est en 1860 que le domaine devenu un véritable hameau du bout du monde prend réellement forme : habitations, bâtiments agricoles et dépendances de granit, moulin à huile, école et même… Une gendarmerie pour contrer les bandits corses plutôt très actifs à cette période là ! Construite au XIXème siècle, c’est d’ailleurs la seule gendarmerie à avoir été créée au cœur d’un hameau privé ! À Saparale, on vit à l’heure des vignes ; vendanges, taille, palissage, vinification, élevage, mises en bouteilles… Pour Philippe De Rocca Serra – avant-gardiste de son temps – la tendance des cépages à forte production ne l’intéresse pas, il voit un grand avenir pour le local. Loco ? Pas tant que ça puisqu’en 1900 le travail porte ses fruits : les cépages locaux offrent aux vins du domaine en plus d’une renommée nationale, une médaille d’Or ! Un bonheur qui ne va malheureusement pas durer…

Le déclin du domaine est alors programmé. Notre héros s’éteint en 1903 laissant la suite à ses fils. Le phylloxéra s’abat sur la vallée et le vignoble doit repartir à 0. Le banditisme local est un fléau bien présent qui ronge la région. Et la guerre de 1914-1918 laisse un grand vide en Corse ; près de 11 500 combattants (Poilus et civils) corses ne regagneront jamais leur île. En 1919 on dit qu’il n’y avait en Corse, pratiquement plus aucun hommes valides pour reprendre les exploitations agricoles, la guerre ayant mobilisé jusqu’aux pères de familles nombreuses, les plus jeunes n’ayant pas reçu la transmission des savoir-faire…
Le domaine quant à lui, résistera tout de même jusqu’à la fin des années 20 avec plus que 15 hectares de vignes sur les 100 plantés au départ.

Puis les bâtiments sont délaissés et tombent en ruines petit à petit….

En 1975, le dernier fils De Rocca Serra, Joseph, décède et… C’est là que l’histoire folle devient belle.
Il lègue la totalité de son domaine à sa gouvernante, Madame Farinelli pour qui la surprise fut… Éléphantesque ! Alors âgée de 70 ans et pas vigneronne, elle replante avec son fils, une trentaine d’hectares qu’elle fait vinifier à l’extérieur. Aujourd’hui c‘est Philippe Farinelli, le petit-fils de l’héritière, qui a repris les rennes du domaine pour le faire renaître de ses ruines et lui rendre sa grandeur. À l’époque âgé de 4 ans, l’enfant découvre ainsi Saparale et c’est tout naturellement qu’il suit des études d’œnologie et de viticulture. Et peu à peu, il recrée une cave, plante de nouvelles vignes et commence à vinifier une petite partie des vignes de sa grand-mère et de son père. Carton plein ! Le vin de Saparale devient rapidement le moteur du domaine qui peut progressivement reprendre vie, pierre après pierre, bâtiment après bâtiment…

De Philippe en Philippe, Saparale aura traversé les époques avec classe, riche de son passé, de son patrimoine et du nouveau souffle qui lui a été insufflé ces 20 dernières années.Le travail de toute une vie et qui n’aura sans doute pas de fin…

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